Fabula

Le 31 mai 2016

Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de Manouba, Tunis

Appel à communications

Congrès international

Extrême(s)

Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de Manouba, Tunis

Laboratoire de Recherches : Etudes Maghrébines, Francophones, Comparées et Médiation Culturelle

8-9-10 décembre 2016

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Antonio Gramsci.

De la Grèce antique où l’hybris, sentiment violent inspiré par les passions, et par l’orgueil, était considéré comme un crime, à l’Europe humaniste et celle des lumières, les épopées, essais, pamphlets et traités sur la tolérance et l’amour de l’autre avaient constitué les fondements d’un brassage culturel, d’une ouverture sur un monde différent que les hommes prenaient le temps d’assimiler et le loisir de s’en imprégner, au-delà des clivages identitaires et culturels.

A cette soif humaniste de s’ouvrir à l’autre et de connaître sa culture et sa part d’originalité qui fait sa différence, va suivre une vision matérialiste émergeant au beau milieu du XIXème siècle, préconisant une capitalisation des richesses de la planète, dont ceux qui ont accédé aux nouvelles technologies tireront profit. L’on passe dès lors d’une exploitation des richesses dans l’indivision à une consommation individualiste du capital. Ce qui a pour conséquence directe la création d’une économie mondiale en déséquilibre, dont les retombées tragiques se manifesteront à travers les conflits meurtriers qui ont marqué l’Homme du vingtième siècle et façonné la vision artistique d’auteurs, tels que Ferdinand de Céline (Voyage au bout de la nuit), Albert Camus (L’homme révolté),  Dostoïevski (Les possédés), ou Todorov (Face à l’extrême).

Une approche de la pensée de l’extrême ne peut s’accomplir qu’à travers une lecture de l’Histoire, dans ses choix culturels, artistiques et socio-politiques. Ainsi, un éclairage historique nous permet de comprendre que l’extrême n’est pas né ex-nihilo, mais qu’il est la résultante d’un processus économique et d’un cheminement historique. Histoire et Economie représenteraient les deux facettes de la médaille.

La mondialisation, les nouvelles technologies, ne font que renforcer le socle de l’extrême, dans la mesure où l’Homme est confronté à une nouvelle perception du temps qui est proportionnellement inversée au temps de la psychologie humaine. Pris de vitesse par le temps virtuel, l’Homme moderne, effaré et conscient des limites que lui impose son nouveau mode de vie, se sentant trahi par sa foi en Dieu, l’Histoire ou un idéal possible, se détourne de ses semblables : l’autre  ne constitue plus pour lui un projet d’adhésion profonde de l’esprit et du cœur. L’extrême prend, dans cette optique, la signification d’une ouverture avortée sur le monde, sur l’autre et une désillusion engendrant un repli sur soi et un rejet de l’autre.

Pensée intransitive, sans véritable prise sur le monde, l’idée de l’extrême éclot, grandit dans le ressentiment, la haine de l’autre et de soi. Le vœu d’André Breton n’était-il pas celui de descendre au milieu de la foule, arme à la main, et tirer dans le tas ? Vœu exaucé par les bombes jetées par les jeunes nihilistes russes peuplant l’univers de Dostoïevski ou Meursault tirant sur l’arabe. Donner ou recevoir la mort comme un cadeau suprême constitue les deux extrémités de la pensée nihiliste : celui qui  tue, se tue aussi dans le même geste.

Peut-on soutenir comme Milan Kundera que « les extrêmes marquent la frontière au-delà de laquelle la vie prend fin, et la passion de l’extrémisme, en art comme en politique, est désir déguisé de mort »[1] ? Ou penser le rapport de l’Art à l’extrême en ces termes : «  En quoi les œuvres liées au crime de masse déplacent-elles les catégories esthétiques existantes ou conduisent-elles à remettre en cause certaines représentations de l’art ? »[2]

Afin d’apporter quelques lumières sur la pensée de l’extrême, enjeu majeur du XXIème siècle, nous semble-t-il, nous nous interrogerons sur les modes d’inscription et de représentation de cette pensée dans la littérature, particulièrement dans les œuvres littéraires de la deuxième moitié du XXème siècle. Dans une perspective différente, une approche linguistique permettrait d’en décortiquer les mécanismes, par un effort de déconstruction, et soulignerait les tournures syntaxiques ou les constructions phrastiques propres à ce type de discours. Nous nous pencherons sur les modes discursifs (Journalistique, politique, ou religieux) ayant produit ou favorisé l’émergence d’une idéologie extrémiste.

Nous proposons les axes suivants :

–    L’écriture de l’extrême dans les littératures

–    Extrêmes et idéologie

–    Les interprétations sociologiques, politiques ou psychologiques susceptibles d’expliquer le passage à la radicalisation

–   L’extrême comme manifestation de revendication identitaire

–   La création artistique comme moyen de lutte contre la pensée de l’extrême

–   L’art, et ses limites, en tant que vision esthétique du monde, dans sa capacité de produire des modes de représentations de l’extrême.

[1] L’insoutenable légèreté de l’être, Gallimard, 1984, p. 139

[2] Pierre Bayard,  Avant-propos in Revue « Europe », Ecrire l’extrême, la littérature et l’art face aux crimes de masse, n°926-927, Juillet 2006

Les propositions de communication doivent être envoyées avant  le 31 mai 2016   par voie électronique à l’adresse de notre laboratoire :

congres@labolima.net ou bwourari@yahoo.com

Les articles seront proposés à la publication, sous réserve d’approbation par le comité de lecture du laboratoire.

Les frais de participation sont de 80 euros (logement, repas et publication).

Nous restons à votre disposition pour tout renseignement complémentaire et nous vous remercions de votre collaboration.

Comité scientifique :

Habib Ben Salha, Université de Manouba, Tunisie

Afifa Brerhi, Université d’Alger, Algérie

Wafa Bsaïs Ourari, Université de Carthage, Tunisie

Isabelle Chol, Université de Pau et des Pays de l’Adour

Sadok Gsouma, Université de Manouba, Tunisie

Jean-Louis Haquette, Université de Reims, Champagne Ardenne

Hamdi Hmaïdi, Université de Manouba, Tunisie

Jean Khalifa, Trinity College, Cambridge

Abdelouahed Mabrour, Al Jadida, Maroc

Simona Modreneau, Université Alexandru Ion Cuza Iasi, Roumanie

Abderrahmane Tenkoul, Kenitra, Maroc

Patrick Voisin, ENS de Paris et Lyon, Pau – France

Comité d’organisation :

Bessem Aloui

Ibtihel Ben Hmed

Habib Ben Salha

Wafa Bsaïs Ourari

Sana Dahmani

Adel Habassi

Hanene Harrazi Ksontini

Donia Maraoub

Issam Maachaoui

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